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Titre : Toutes Nos MèresVotez :
Date de Parution : 14 Septembre 2015 Toutes nos mères
Auteur : Margherita Giacobino
Genre Livre Littérature
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Publié il y'a 4 ans
Note moyenne
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Description Margherita, la narratrice, est née fille dans une famille de femmes, elle représente l'avenir et la continuité� Une histoire qu'elle explore pour retrouver les êtres aimés : au premier rang se tient Ninin, origine et archétype, entourée de ses soeurs Maria, Margherita et Michin. Tout commence à la fin du xixe siècle dans une bourgade du Canavese, une région du Piémont aux frontières incertaines. Le quotidien à la ferme est rude. Exposées à la tyrannie de la matriarche, les soeurs ne rêvent que de la ville. Elles seront mieux dans la vallée où les fabriques de textile embauchent des femmes et des adolescentes et où l'on ne se contente pas de polenta. Au nouveau siècle tout juste entamé, elles réalisent leur rêve et s'installent à Circé, où elles élèveront ensemble leur fille - à elles toutes, elles n'en auront qu'une - et leur petite-fille. Pas facile pour les hommes de trouver leur place quand ils ne sont pas contraints à l'exil. Ils constituent pourtant des figures fugitives mais incontournables de ce portrait de groupe. Au-dessus de leur tête va défiler « l'histoire de près d'un siècle, avec ses événements et ses prodiges : la lumière électrique, les vagues d'émigration, les automobiles, le cinéma, Mussolini, la Libération et la République, la populaire émission de variétés Canzonissima, les premiers pas sur la Lune, les minijupes. » Au gré de photos retrouvées, des fables transmises de génération en génération, des couleurs et des odeurs ni vues ni senties, juste imaginées dans l'écho des mots, Margherita recompose l'histoire de sa famille, « une histoire minuscule, obstinée, toujours à recoudre et à sauver, une aventure discrète » qui coupe le souffle.

Extrait :

"Elle avait soixante et un ans à ma naissance et, malgré les rappels de ma mère (il faut que tu dises magna Ninin), elle demeura pour moi tout au long de mon enfance Ninin, son diminutif pareil à une marche où grimpent mes petits pieds effrontés, à l'assaut de son autorité abdiquée. Dans le registre paroissial, elle figurait en tant que Caterina, comme sa grand-mère paternelle, prénom que l'on prononce toutefois Cadin-a, avec un «n» sourd, vibration de gorge caractéristique de notre seule région. Le tribut du prénom était dû et attendu : si les filles aînées des enfants de la vieille Catlina n'avaient pas été des Catlina, la granda se serait vexée, et gare aux transgresseurs ! A cause de ces règles, les homonymes se sont inévitablement multipliés dans la famille et, pour ne pas confondre les Catlina, on soumettait le prénom à d'infinies variantes, Catlinin, Catlinota, Catlinetta. Elle fut nommée, quant a elle, Ninin (de Cathnin) ; or, un ninin signifie aussi «bébé» dans notre dialecte, une petite chose toute neuve dont on ne sait si elle durera, une vie esquissée au fond d'un berceau en bois vermoulu, à couverture en laine et paillasse de maïs, qui ne reçoit pas de véritable prénom tant qu'elle n'a pas commencé à marcher à quatre pattes. Et Ninin elle resta, en dépit de la série de soeurs et de frères cadets, dont ma grand-mère, qui s'ensuivit. Elle était née d'une Domenica et d'un Giuseppe, et elle eut pour nourrice une vache. On la lui donna, raconte-t-on, quand sa mère perdit son lait : la nouveau-née n'était pas encore capable de manger de la polenta, et l'autre bru, tarie par son gros et grand garçon, ne pouvait l'allaiter. On conduisit donc Ninin à l'étable et la suspendit à la longue tétine rose de la vache qui prit l'habitude de se lever comme pour la traite au son de ses cris affamés et qui se tenait bien sage, immobile, avec une patience bovine, tandis que le bébé la tétait de toute la force de ses jeunes gencives. Ninin ne contracta aucune maladie. A l'époque, on cohabitait plus familièrement qu'aujourd'hui avec les germes ; du reste, les enfants naissaient souvent à l'étable, seul lieu chaud en hiver, et faisaient aussitôt connaissance avec la paille et l'haleine humide des bêtes. Soit ils grandissaient bien, soit ils ne grandissaient pas. Ninin survécut avec succès à la pénurie de lait maternel et à son substitut. Elle ne subit qu'un dommage d'importance secondaire, relate encore la légende familiale : une légère déformation de la bouche due, justement, au fait d'avoir sucé pendant des mois le gros mamelon de la vache et, par conséquent, des dents en avant qu'elle conserva jusqu'à ce qu'un dentier vînt y remédier. La dernière décennie du XIXe siècle a commencé. Les femmes portent en toutes saisons une camisa de grosse toile qui leur gratte la peau et gonfle leur culotte, quand elles en portent une - mais il est rare qu'elles en portent. Dessus, de multiples jupons et corsages qui les engoncent et dissimulent leurs fréquentes grossesses. Les hommes aussi portent une camisa, à poignets et col détachables pour les laver ; dans les grandes occasions, ils enfilent un costume trois-pièces en laine sombre. On utilise encore la fibre de chanvre, fraîche et épaisse, peu appropriée à l'hiver. Les adultes de sexe masculin arborent tous moustache et chapeau ; les femmes, de l'enfance à la vieillesse, nouent leurs cheveux en tresses ou en chignons."
Gbless
(il y'a 4 ans)
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Release : Margherita Giacobino (2015) - Toutes nos mères 1 MB
6 dls

 

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· Farssou · il y'a 4 ans
merci beaucoup